Dans le texte introductif à son exposition Gawu,en solo, Martin Barlow déclare que Anatsui « continu d’innover, d’essayer des idées et de créer des oeuvres avec une énergie et un enthousiasme caractéristique de l’individu qui vient de commencer une carrière artistique. ». Juste lorsque l’on pense que Anatsui a trouvé un style et un médium avec lequel il est à l’aise, il se lance dans quelque chose de complètement différent. Alors que de pareils changements auraient affecté négativement certains artistes, c’est tout le contraire avec Anatsui. Il est actuellement embarqué dans la création de son oeuvre la plus novatrice pouvant provoquer une combinaison harmonieuse du medium, du contenu et de la beauté esthétique. Pendant ces trente dernières années, Anatsui travaille avec le bois, l’argile, de la peinture et même des performances. Malgré cette diversité il est surtout connu pour ses panneaux en bois et ses installations sculpturales qui sont saturées de l’histoire et de motifs de la culture et de la tradition africaine. Les dessins qu’il met dans son oeuvre sont grandement influencés par les motifs d’Uli Nsibidi. Les travaux récents d’Anatsui se composent d’objets usés trouvés dans sa localité. Contrairement à l’Occident où le recyclage est un processus conscient, en Afrique il est intégré dans les activités quotidiennes inconscientes. Presque tout est recyclé de son objectif premier fonctionnel vers un autre. Au lieu de recycler, Anatsui préfère considérer ses oeuvres comme une transformation. De la même manière qu’il maîtrise le processus de transformation du bois en pièces sculpturales par le biais d’une tronçonneuse, il est en mesure de transformer un medium traditionnellement rigide - métal - malléable. Le résultat est une oeuvre comme le Pagne de la femme de société, qui au loin ressemble à un pagne kente, mais un examen plus approfondi révèlera des bouchons de bouteilles en métal qui ont été aplatis et collés ensemble. Ou bien Lacs pour jeter les ordures qui est composé de plateaux d’imprimerie en métal pour des avis funéraires. Anatsui est un ghanéen qui vit, enseigne et gère un studio au Nigeria depuis 1975. Son influence sur la jeune génération d’artistes nigérians est indéniable. Il s’efforce constamment à amener ses étudiants et les autres artistes à une rupture d’avec le style académique rigide qui résulte d’un système éducatif anachronique. Il les interpelle et les encourage à expérimenter avec des media différents et des cadres de conception inspirés par leur milieu. En les poussant, son travail de conception se nourrit de ce dialogue et de ces échanges intergénérationnels. Comme le montre l’historien de l’art Sylvester Ogbecchie, l’insistance d’Anatsui à inscrire son art dans une culture particulière est ainsi un choix intellectuel conscient ainsi qu’une stratégie active d’engagement dans le cadre duquel l’artiste se positionne en rapport aux discours locaux et internationaux de la pratique artistique contemporaine. Le statut d’Anatsui au Nigeria et un peu partout en Afrique est en train de se traduire en une plus grande visibilité au niveau international. Malgré les débats en occident sur la question à savoir si un art africain contemporain « authentique » existe, l’oeuvre d’Anatsui peut être considérée comme étant Profondément Africain. Anatsui est né en 1944 à Anyako au Ghana et a fait sa formation à l’Ecole Supérieure des Arts, Université des Sciences et Technologies de Kumasi au Ghana. Il enseigne à l’université du Nigeria, Nsukka depuis 1975 où il est de nos jours professeur en sculpture.